Ses recherches sur la genèse de l’idéalisme transcendantal de Husserl et sur la phénoménologie matérielle de Michel Henry ont conduit Jean-François Lavigne à étudier l’incidence de celle-ci sur la culture contemporaine dans « Phénoménologie de la vie et culture contemporaine » (Montpellier, 2003) et « Affectivité et vérité » (Nice, 2007). Depuis la création à Nice du Groupe de recherches phénoménologiques Michel Henry (2007), son activité portera sur :
1. Le développement historique de la phénoménologie transcendantale après 1913.
2. La contribution de la phénoménologie matérielle à l’ontologie du vivant
Né le 23 juillet 1959, Jean-François Lavigne est issu des classes préparatoires (lettres classiques) des lycées Descartes (Tours) et Louis-le-Grand (Paris). Admis à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm (1979), il étudie la philosophie à la Sorbonne. Reçu premier à l’agrégation de philosophie (1983), il est docteur de troisième cycle en 1987 avec une thèse consacrée aux leçons de Husserl sur la chose spatiale. Maître de conférences en 1989 à l’université de Montpellier, membre junior de l’Institut universitaire de France de 1998 à 2003, il accède en 2000 au grade de docteur ès lettres avec une thèse d’Etat en Sorbonne sur "La genèse de l’idéalisme transcendantal dans la recherche et l’enseignement de Husserl (1900-1913)". Depuis septembre 2003, il est professeur de philosophie à l’université de Nice.
Jean-François Lavigne a exercé successivement les fonctions suivantes :
1985-1986 : assistant normalien de philosophie à l’université Paris XII.
1987-1989 : professeur de classe terminale des lycées (Lycée de Boulogne et Lycée Mars-et-Roty de Puteaux).
1989-2003 : maître de conférences de l’université Paul-Valéry (Montpellier III).
1998-2003 : membre junior de l’Institut universitaire de France.
2003-2007 : professeur de philosophie de l’université de Nice.
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Il y a aujourd'hui un problème de la phénoménologie transcendantale : celui de l'interprétation de la théorie de la constitution, définie par Husserl comme idéalisme de la subjectivité transcendantale, en un sens absolu et radical.
Le mystère s'épaissit encore, si l'on cherche à justifier la possibilité de cet idéalisme à partir du point de départ de Husserl : la « psychologie descriptive », d'origine brentanienne, pratiquée dans les Recherches logiques.
Cette double énigme, à la fois systématique et historique, se concentre dans la question centrale de l'origine de la réduction. D'où en vient l'idée ? Quand apparaît-elle pour la première fois ? Avec quel sens ? Fut-elle d'emblée conçue comme une épochè transcendantale ? Peut-on parler d'un soudain « tournant » dans le cheminement husserlien ? Et quels sont les motifs qui auraient pu conduire un psychologue de l'activité intentionnelle, réaliste convaincu, à faire de la subjectivité intentionnelle l'origine absolue de tout être et de toute objectivité ?
Ces questions, qui ont grevé le débat sur le sens et la portée de la phénoménologie dès la première génération des élèves de Husserl, trouvent ici leur réponse. Une reconstitution historique précise, appuyée sur les textes — souvent encore inédits — élaborés par Husserl de 1901 à 1912 permet de montrer comment et pourquoi la psychologie descriptive des Recherches de 1901 s'est transformée, au fil des mutations de la réduction phénoménologique, en l'idéalisme transcendantal radical — et définitif — des Idées. Surtout, l'enquête génétique permet de résoudre le problème délicat des rapports de continuité/discontinuité entre l'attitude naturelle et la réduction transcendantale. Elle autorise ainsi un point de vue critique et démystifié, sur l'idéalisme radical qui est censé la légitimer.
Introduction. —Le problème historique
L'idéalisme transcendantal husserlien : le problème et la thèse
La question disputée des héritiers de Husserl
L'enjeu du débat : y a-t-il une relation nécessaire entre phénoménologie(s) et idéalisme ?
Nécessité de poser historiquement le problème
Première section (mai 1901-fin 1905). — La crise de la psychologie descriptive et la conversion immanentiste-eidétique de la « phénoménologie »
I. Le premier essai d'une théorie phénoménologique de la connaissance : l'échec des Recherches logiques
Première partie (1901-1903). La première crise méthodologique : de la « phénoménologie » comme psychologie descriptive à la phénoménologie eidétique-immanentiste
II. La nouvelle position ontologique et méthodologique de la phénoménologie en 1903. La recension d'Elsenhans
III. Le désaveu des Recherches logiques par Husserl : la naissance d'une autocritique des Recherches
IV. Les textes de 1901 postérieurs à la publication des Recherches remettent-ils en question leur méthodologie ou leur ontologie ?
V. Début 1902-juin 1903 : le premier revirement décisif : l'abandon de la « psychologie descriptive »
Deuxième partie (1903-fin 1905). De la phénoménologie immanentiste à la phénoménologie pure de la subjectivité absolue : un second revirement décisif entre 1904 et 1906 ?
VI. La phénoménologie husserlienne en 1905 : déjà la découverte de la réduction transcendantale ?
VII. La portée des analyses de 1904 et 1905
Deuxième section (hiver 1905-printemps 1907). — Le passage de la phénoménologie de l'immanence réelle à la phénoménologie pure transcendantale
VIII. 1905-1906 : une transition ?
IX. La percée de la phénoménologie nouvelle : le semestre d'hiver 1906-1907
Troisième section (1907-1912). — Le déploiement de la phénoménologie transcendantale et la consolidation de son idéalisme
X. Première mise en œuvre concrète de l'interprétation transcendantale de la constitution : la subjectivité phénoménologique pure, absolue, anonyme (printemps 1907-fin août 1909)
XI. Vers une théorie générale de la subjectivité transcendantale constituante
Conclusion. — Les étapes de l'évolution méthodologique et philosophique de la recherche husserlienne, des Recherches logiques à Ideen I
Annexes
Liste des manuscrits husserliens cités ou mentionnés
Index nominum
Bibliographie
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Nous marchons sur le sol terrestre. Mais notre Terre n’est-elle qu’une planète parmi d’autres ou l’arche absolument immobile qui rend possible le sens de tout mouvement et de tout repos
La revue de presse Marc Ragon (Libération, 23 mars 1989)Husserl, phénomène persistant Trois inédits, une exposition et un numéro spécial de Philosophie pour le cinquantenaire de sa mort : Edmund Husserl, le maître allemand de la phénoménologie, n’a pas dit son dernier mot. «“ À partir de Husserl apparaît une nouvelle manière d’égrener les concepts ”, a écrit Emmanuel Levinas. On dit bien que Heidegger (et Nietzsche d’une autre manière) aurait sonné le glas d’une tâche philosophique dont Edmund Husserl serait le dernier représentant. Pourtant, l’actualité de Husserl ne s’est jamais démentie. Le cinquantième anniversaire de sa mort a donné lieu en Europe à toute une série de manifestations et de publications. À Paris, une exposition a accompagné la publication aux Éditions de Minuit d’un numéro spécial de la revue Philosophie et d’un inédit de Husserl, La Terre ne se meut pas. Le Gœthe Institut de Paris vient en effet d’accueillir une exposition commémorative de la vie et de l’œuvre de Husserl et du rayonnement de la phénoménologie allemande en Europe. L’entourage de Husserl ne se “ réduisait ” pas aux disciples et élèves directs comme Eugen Fink, Hans-Georg Gadamer, Martin Heidegger ou Otto Pöggeler : on reconnaît sur les photographies d’archives les silhouettes d’Alexandre Koyré, Emmanuel Levinas ou Paul Ricœur. J. Colette, de l’université de Tours, a signalé les jalons qui unissent les philosophies de Maurice Merleau-Ponty et de Jean Hyppolite à la méthodologie husserlienne. De même, E. Orth, B. Waldenfels et J.F. Courtine ont décrit les réseaux de solidarités qui impliquent Husserl dans les progrès de recherches théoriques aussi diverses que l’existentialisme, l’herméneutique, la philosophie du langage, l’anthropologie ou la psychiatrie. La vaste querelle déclenchée il y a un peu plus d’un an par le livre de Victor Farias, Heidegger et le nazisme, a donné à réentendre un argument classique de l’histoire de la philosophie : la tâche d’une ontologie “ totalitaire ”, faisant de l’être un objet transcendant qui échappe à l’Histoire, relèverait, en bref, d’une métaphysique idéaliste. Or, même s’il est vrai que le règne de la technique nous fait vivre dans “ l’oubli de l’être ”, la pensée de Husserl n’a certainement pas fini de nous livrer ses secrets. Aussi faut-il saluer la parution des trois textes inédits, rassemblés dans La Terre ne se meut pas. Initiative d’autant plus salutaire que la majeure partie de l’œuvre de Husserl (déposée par Malvina Husserl aux Archives Husserl à Louvain) reste encore à explorer en France. Leur unité repose sur un projet que Husserl désigne lui-même comme le “ renversement de la doctrine copernicienne dans l’interprétation de la vision habituelle du monde ”. Ils n’étaient cependant pas destinés à la publication et trahissent le “ style d’une pensée en train de chercher, non d’exposer avec ordre, les résultats qu’elle aurait auparavant découverts ”. (Dominique Pradelle.) Néanmoins, ces ébauches – datant de 1934 (pour les deux premières) et 1931 – s’inscrivent de manière frappante dans la continuité logique des Méditations cartésiennes, le texte des fameuses conférences prononcées quatre ans auparavant à Paris : en 1929, Husserl exposait devant les auditeurs de la Sorbonne son ontologie de l’ego – un ego qui serait “ en deçà ” du sujet de la connaissance psychologique ; ici, c’est une “ spatialité originaire ” qui est recherchée dans une antériorité radicale par rapport à l’espace défini comme objet de connaissance scientifique, c’est-à-dire la Nature physique et géométrique. La Terre ne se meut pas rassemble les fragments de “ méditations coperniciennes ” inachevées. Didier Franck signale la contemporanéité de cette ontologie husserlienne de la Terre, avec la publication de L’Origine de l’œuvre d’art de Heidegger, “ où la Terre est nommée comme ce sur quoi l’homme fonde son habiter ” – une piste possible pour la mise en “ situation réciproque et respective de deux parcours qui se réclamèrent de la phénoménologie ”... Ce n’est pas la voie explorée par Denise Souches-Dagues, qui nous propose cependant, dans le numéro 21 de la revue Philosophie entièrement consacrée au penseur allemand, une intéressante confrontation entre les deux philosophes, à travers son analyse de “ la lecture husserlienne de Sein und Zeit ”. Un numéro qui effectue un tour d’horizon exégétique de la pensée husserlienne, avec les contributions d’Adolph Reinach, Rudolph Bernet et Pierre Guénancia. L’article de Souches-Dagues est l’élément le plus pathétique de cette série d’études. Les notes portées par Husserl sur les marges du livre de Heidegger traduisent en effet une douloureuse incompréhension de sa part quant à l’esprit qui anime son ex-disciple. Souches-Dagues enfonce d’autant plus profondément le couteau dans la plaie qu’il part du principe que l’œuvre ultérieure de Heidegger doit éclairer le sens des propos tenus dans Sein und Zeit. C’est un Heidegger totalement autonome, émancipé de Husserl, que ce dernier est supposé avoir lu et annoté. Les notes de Husserl trahissent un dialogue impossible entre deux systèmes de pensée clos sur eux-mêmes. Elles présentent dans le même temps l’intérêt de faire toucher du doigt l’écart radical pris très tôt par Heidegger vis-à-vis des thèses de son professeur. On peut relever en conclusion la persistance de trois problématiques léguées par Husserl : sa phénoménologie n’est pas seulement une ontologie du sujet et du monde, mais aussi une méthodologie et une théorie de la connaissance fondée sur une critique de la connaissance scientifique. “ Un des traits caractéristiques de la situation de la phénoménologie en France, écrit ainsi J. Colette, a été de retenir le sens de la « réduction » (...) pour scruter la vie de l’ego, une fois effacée toute trace de psychologisme. ”» |
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