Leonard Rusu, Qu'est-ce que le Tractatus ? Question: la logique décrit-elle le monde?

 

Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)

rusu_leonard (at) yahoo.com

 

Résumé:

Dans cette étude, nous envisagerons de donner une image sur l'unique œuvre de Wittgenstein publiée de son vivant; nous appuierons sur le fait si la logique est le moyen d'exprimer la réalité du monde. En même temps nous discuterons la/les théorie(s) de la représentation des objets, à savoir: l'interprétation « linguistique » et l'interprétation « ontologique ».

 

Dans le Tractatus logico-philosophicus, Wittgenstein nous expose la nature du langage et du monde pour bien arriver au fait que les propositions aient un sens, pour pouvoir exprimer des états de choses et avoir une fonction de vérité. C'est la grammaire défaillante du langage ordinaire, apprise pendant notre enfance qui nous contraint à construire des propositions qui donnent l'impression qu'elles auraient un sens. Contre ces propositions d'ouvrages métaphysiques, il développe la conviction que ce que partagent le langage et le monde est la forme logique trouvée dans ces propositions.

L'entreprise de Wittgenstein dans le Tractatus est de souligner ce qu'il y a d'essentiel dans le langage et qui rend possible ce que nous disions exprimer, autrement que ce qui est. Il détourne le langage ordinaire, parce qu'il n'est pas logiquement en ordre, en proposant le symbolisme comme « langage idéal ». Il y a une forme de la proposition grâce à laquelle elle a un sens et pour ça il faut inventer un symbolisme pour la rendre manifeste.

 

Le livre traite de problèmes de philosophie, et comme je le crois, montre que la formulation de ces problèmes repose sur un malentendu de la logique de notre langage. On pourrait résumer tout le sens du livre en ces mots : tout ce qui peut être dit peut être dit clairement; et ce dont on ne peut parler on doit le taire [1].

 

Si les problèmes philosophiques proviennent de la logique du langage, pour les résoudre on doit montrer ce qu'est la logique, le programme tracé par le Tractatus.

Le vice vient du fait que les philosophes ne peuvent pas se taire par rapport aux questions et aux réponses qu'ils se posent, et leurs réponses dépassent les limites de ce que nous pouvons dire significativement.

Le premier qui s'attèle à borner, à mettre des limites en général, et notamment à la pensée est bien sûr Emmanuel Kant. Il opère la distinction entre avoir des phénomènes (connaître) et ne rien avoir/résoudre (penser), autrement dit les choses en soi qui ne peuvent qu'être pensées. Wittgenstein dans sa Préface s'explique:

 

le livre(...) tracera des limites à la pensée, ou plutôt- non à la pensée, mais à l'expression des pensées, car, pour tracer une limite à la pensée, nous devrions être capable de penser des deux côtés de cette limite (nous devrions donc être capables de penser ce qui ne peut être pensé). La limite ne peut, par conséquent, être tracée que dans le langage, et ce qui se trouve de l'autre côté de la limite sera simplement du non-sens [2].

 

Le sens (la pensée), se trouve lui-même « à l'intérieur » du langage. Ontologiquement, parlant de la substance du monde -ou l'essence- celle-ci se compose de forme et contenu. On doit signaler que pour Wittgenstein il y a une différence majeure entre substance et configuration : « La substance est ce qui existe indépendamment de ce qui arrive » (2.024) et « L'objet est le stable, l'existant; la configuration est le changeant, l'instable(2.0271) ». Read more...



[1] Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus, Paris, Editions Gallimard, 1961, p. 27.

[2] Ibidem, p. 27.